Manifeste pour l'Espèce
Tentative de réflexion sur l'avenir...

Le Résumé :
Manifeste pour l’Espèce
1. Le Postulat L’espèce humaine n’est pas la simple somme des individus qui la composent. Elle constitue une entité propre, une conscience naissante. Ignorer cette échelle macroscopique nous condamne : l'aveuglement collectif face à nos propres comportements mène directement à notre annihilation.
2. L'Urgence : Se connaître pour survivre À ce niveau de puissance technologique, nous ne pouvons plus nous permettre de subir nos automatismes. Le « Connais-toi toi-même » des Anciens doit être hissé à l’échelle de l’Espèce. Il ne s'agit ni de croissance ni de décroissance, mais de maturité psychosociale.
Pour y parvenir, l'Espèce dispose de deux ancrages irréductibles :
· La biosphère : Notre habitat biologique indivisible.
· Le génome : Notre socle d'instructions commun, au-delà des cultures et des géographies.
3. Les Outils de la Mutation
· Une métacognition élargie : Apprendre à analyser non seulement la façon dont l'individu apprend, mais la façon dont les collectifs, les institutions et l'Espèce fonctionnent et dérapent.
· Une psychanalyse des peuples : Analyser les massacres, les hystéries et les cycles de destruction/résilience comme les symptômes d'une psyché collective à décoder.
· Une révolution éducative universelle : L’éducation ne peut plus être réservée aux seuls enfants, ni cantonnée à des savoirs techniques. Elle doit enseigner les biais cognitifs, la pensée critique et la responsabilité systémique à tous les échelons de la société.
4. Le Grand Récit Nous sommes au pied du mur. Sortir de l'enfance sauvage de l'Espèce est une quête exigeante mais exaltante. Il ne s'agit pas de gommer les identités, mais d'ériger la Civilisation de l'Espèce.
Reste une question essentielle : avons-nous le courage d'assumer la pérennité de notre existence commune et individuelle, ou devons-nous admettre que durer n'est plus une ambition désirable ?
Le texte dans son jus d'origine...
# Manifeste pour l’Espèce
Je pose ici, et j’assume, en l’état de ma réflexion sur l’espèce humaine, de son évolution, et de mon intuition du monde, qu’une théorie de l’Espèce est nécessaire.
Celle-ci pose, à titre de fondation :
1. L’espèce humaine est une conscience naissante et une entité spécifique qu’il convient de considérer comme telle — et non (seulement) la somme des consciences individuelles dont elle est constituée. Le tout, en la matière, ne peut constituer la somme des parties.
2. Une recherche de la connaissance pure (dans tous les domaines) lui est nécessaire (ce qui est déjà un fait très avancé et relativement incontestable)… et nécessaire à plus d’un titre :
- À celui de sa définition (je viens de le faire : et donc, ça n’engage que moi… pour l’instant…).
- Nécessaire à sa survie, puisque c’est non seulement constitutif, mais probablement la condition de sa survie à terme. Soit donc la pérennité de l’espèce.
3. Sa nécessaire métacognition élargie, non seulement à sa façon d’apprendre (car cette entité a déjà appris des « choses » sur elle-même selon moi…), sans doute de façon assez inconsciente, doit s’imposer à elle. Elle doit à présent se reconnaître comme entité « vivante », spécifique et unique, mais plus encore connaître sa propre façon d’être au monde et dans l’univers, ses entraves, ses chaînes. À la façon de Spinoza, mais au niveau macro de l’entité elle-même, c’est-à-dire l’entièreté de l’espèce humaine. On pourrait parler, peut-être, de l’Humanité. Je préfère la notion d’espèce et le terme associé, nous verrons plus loin pourquoi.
Tous les jours un peu plus, l’ignorance de ses comportements, de leurs conséquences, et même simplement de son existence propre, tend à montrer que les conditions de sa survie sont en jeu.
Au-delà de la simple notion d’individualisme, le fait de ne pas s’assumer comme entité consciente mène sans doute l’espèce vers une annihilation à terme. Il me semble, toujours au titre de mon intuition, que la condition *sine qua non* à sa survie (car c’est de facto la nôtre en tant que civilisations, sociétés, États, communautés… et individus) est, à tout le moins, d’assumer son être (d’abord. Et ce n’est, me semble-t-il, ni une évidence, ni vraiment partagé : je pense que l’on pourrait facilement trouver des opposants de tous bords à ma proposition, sans gros efforts : chacun tirant la couverture à sa vision : de sa communauté de pensée, de sa communauté sociale et/ou civilisationnelle, de géographie, etc. Quel besoin d’inventer une espèce et sa conscience me dira-t-on : l’espèce existe de fait, et alors ??? Moi je demeure convaincu que ce n’est pas satisfaisant, pire, que c’est absolument nécessaire que de penser/considérer/reconnaître/assumer ce niveau de conscience), se connaître (en cours…) et enfin se comprendre : chaque « pas » étant conditionné par le précédent. J’insiste sur ce point.
Comment apprendre sur soi si l’on n’existe pas ? Qui et quoi chercher à comprendre, quand le sujet n’est jamais né, et n’a pas d’objet d’étude ?
Je pose qu’aujourd’hui, cette démarche de connaissance ET de métacognition élargie (je n’ai pas d’autre mot… un « connais-toi toi-même » des temples grecs, à poser sur le fronton de l’espèce humaine), est indispensable à notre survie. La connaissance de l’espèce en tant que telle, en tant que conscience particulière, doit faire l’objet d’une considération individuelle, sociétale, politique, scientifique et éducative. Ce n’est pas un luxe ou un loisir intellectuel. C’est, selon moi, la condition *sine qua non* à notre survie, à terme. Sans parler de la survie plus large de nombreuses espèces, dont j’attribue — pour celles déjà éteintes et le massacre qui est d’ores et déjà à l’œuvre au titre de ce qui est appelé la 6ᵉ extinction — la cause à l’espèce humaine, trop inconsciente d’elle-même et de ses actes (en l’état).
Assumer l’espèce, sa propre existence et ses conséquences, est, je pense, la voie d’un possible. La voie d’une sortie sinon heureuse, au moins possible. Je développerai plus loin les raisons de pouvoir penser cela.
Cette voie de la connaissance, donc, et de la compréhension inhérente surtout, serait donc impérieuse, nécessaire, indispensable. J’en suis convaincu. En clair, du niveau le plus individuel au niveau le plus élevé, nous n’avons plus le choix que de nous connaître mieux, et nous comprendre mieux : depuis l’individu jusqu’à l’entité Espèce, en passant par les nombreuses strates psychosociales intermédiaires : les civilisations anciennes et présentes, les cultures, les communautés afférentes, les courants de pensée plus ou moins établis, et les ressorts profonds de tous ces comportements : frustrations, dogmatismes, conséquences historiques et géographiques, incompréhensions, ignorance de soi en tant qu’individu, ignorance des biais cognitifs et comportementaux intrinsèques à l’individu (comment appréhender le monde sans le réduire ?), ignorance des champs de conscience limités, en tant que groupe ou collectif, en tant que sociétés, communautés, etc.
Il n’est ni question de croissance ou de décroissance (même si l’on pourrait discuter…), il est seulement question de se connaître, de se comprendre, à tous les niveaux des strates de conscience.
Nous sommes au pied du mur. Nous n’avons plus le choix. ET, dans le même temps, c’est exaltant ! Nous y sommes mûrs je pense.
Tous les outils sont là, perfectibles certes, et à adapter pour des dimensions macro-psychosociales. Mais ils sont là. Et nous en trouverons d’autres si besoin. Et nous renverserons l’aveuglement un peu fou des commencements de l’Espèce, de son enfance sauvage et ignorante. L’élan des débuts doit se muer en maturité macro-économique, macro-sociale et, surtout, macro-psychologique. Reste la motivation : le grand récit de cette aventure n’attend que d’être inventé.
## Les outils
1. Une métacognition élargie (pas seulement portée sur notre façon d’apprendre…) depuis l’individu en passant par toutes les strates collectives. L’individu est déjà à l’école (mais pour quels contenus ? Et pour quelle finalité ? La connaissance de soi n’est pas une priorité… alors que, dans l’idée de cette démarche, elle le devient… Edgar Morin a posé des bases…), mais les strates intermédiaires, qu’en est-il ? Comment enseigner aux collectifs en tant qu’entités ? Et comment considérer l’entité Espèce ? L’espèce humaine, dans son entièreté, va-t-elle à l’école ?
2. L’enseignement, ainsi que la didactique, qui doit être élargie à la didactique des groupes, des collectifs, et de l’espèce dans son immense présence : c’est à la fois une nécessité locale et mondiale. Comment développer une éducation non pas unifiée et standard, mais généralisée ? Avec ses adaptations aux particularités : non pas pour les gommer à terme, mais pour les enrichir de la métacognition commune ! Si nous considérons que l’espèce doit apprendre d’elle-même, alors c’est qu’elle possède des caractéristiques communes et irréductibles, un socle partagé, dont le monde entier doit avoir conscience, et à tout le moins dans certains comportements de psychologie collective qu’il convient d’enseigner.
Je vois 2 points communs irréductibles constituant l’espèce, et justifiant, au moins en partie, un enseignement mondialisé, adapté mais généralisé :
- La biosphère (nous respirons tous des gaz équivalents, à des pressions/densité particulières) et les conséquences en termes de connaissances associées à cette biosphère.
- L’ADN constitutif de l’espèce : indéniablement, noir ou blanc, gris ou vert, nous partageons ce précieux guide de construction de l’espèce, que nous savons par ailleurs déjà décrypter.
3. Enfin, il nous faudrait une sorte de Freud des entités collectives : les massacres, les mouvements aveugles, mais aussi les courants sous-jacents d’influences, politiques et mafieux, stratégiques et historiques, plus ou moins conscients, sont déjà connus. Les mécanismes à la fois destructeurs et réparateurs, les résiliences et les perversités collectives sont des « biens » communs, partagés et reproduits, j’allais dire à l’infini, dans pratiquement toutes les cultures. En tout cas, au-delà d’une masse critique d’individus constituant un collectif, je pense que certains comportements psychosociaux, de sauvegarde, de perversité, de réparation, d’influence, etc., sont à l’œuvre partout dans le monde, et sous toutes les latitudes : faut-il rappeler, maintenant que l’Histoire a entendu et se souvient de beaucoup de territoires, les nombreux massacres, hystéries, cycles de construction, destruction, reconstruction et résilience ? Les chemins sont souvent les mêmes, les spécificités locales et culturelles ne font qu’adapter un fond commun. La documentation est riche. L’analyse mériterait encore, oui, un Freud à la hauteur de l’Espèce humaine, pour en tirer des lois à enseigner.
## La démarche indispensable (selon moi)
1. Connaître et se connaître (à tous les niveaux de conscience : de l’individu aux différentes strates collectives) : et donc, l’outil de l’enseignement devient l’alpha de cette vague, nécessaire à la survie.
2. Comprendre (et se comprendre) : la connaissance n’est pas suffisante. La compréhension doit l’accompagner, à chaque niveau de connaissance. Une compréhension profonde, pas un débat de comptoir. L’éducation à la pensée critique, autocritique : encore une fois, à tous les niveaux.
Ce qui était le parent pauvre des préoccupations humaines devrait devenir l’alpha et l’oméga des dépenses énergétiques, sociales, politiques et économiques.
Le bouleversement attendu serait sans aucun doute spectaculaire : saisissant (jamais vu).
Et constituerait une quête de sens formidable, voire exaltante. Et donc, une perspective où chacun, à son niveau de connaissance, pourrait, devrait peut-être, les développer. Sans se contenter de l’inéluctable et surtout, sortir de la fatalité de ce que nous sommes. Car, selon moi, c’est bien de cela qu’il s’agit : nous nous subissons nous-mêmes, et à beaucoup de niveaux. L’espèce humaine se subit elle-même. À ce niveau de puissance technologique, ce n’est plus une option de connaître et comprendre les conséquences de cette puissance relativement inconsciente d’elle-même, de ses conséquences à tous les niveaux.
De là à l’immobilisme, il n’y a qu’un pas : « Tant que je ne sais rien, je ne fais rien… ». Mais je veux essayer de balayer cet argument : il y a tout à faire, et tant de grain à moudre si, dès que l’on apprend, on n’attend pas de tout savoir pour en « comprendre » quelque chose. A minima, les conséquences. Chacun de nos actes engendre et engendrera des conséquences dont on ne peut plus désormais se passer de connaître. À chaque apprentissage, une compréhension profonde des conséquences micro et macro doit être associée et pratiquée. À tous les échelons : depuis l’individu jusqu’aux plus hautes strates collectives. Les cadres, dirigeants, consciences supérieures, doivent apprendre non seulement d’eux-mêmes, mais de leur propre organisation dont ils dépendent, ou qu’ils dirigent. La métacognition ne doit pas être un détail à la marge, mais le cœur de la démarche : chaque apprentissage doit être trituré dans une démarche d’abord d’auto-évaluation, et ensuite de conséquences sur l’entité concernée, et pourquoi pas, des autres niveaux proches.
Tout est à inventer au niveau ultime et supérieur de l’entité « Espèce » : puisque, paradigme de base, je la suppose possiblement consciente (je n’ai pas dit « pleinement »), comment enseigner, et faire s’interroger l’espèce humaine sur sa propre existence consciente ?
Si l’on s’autorise à penser cela, et à s’imprégner de ses conséquences, il me semble, en toute honnêteté, que l’on voit non seulement une sortie par le haut des problèmes actuels, non seulement une survie à tous les termes, mais, de façon formidable et profonde, une vague puissante capable de propulser l’humanité bien au-delà des étoiles proches. Bien au-delà des 200 prochaines années terribles que nous n’éviterons pas. À l’inverse, sans elle, c’est sans doute, à tout le moins, une sorte de décroissance subie, mal contrôlée, et profitant au mieux à une minorité économique élitiste dans une humanité réduite et rabougrie à la fois par le nombre et par sa « qualité humaine », spirituelle, économique et biologique. Probablement un avenir brutal, castrateur, une biosphère altérée définitivement, et incapable de supporter l’effort nécessaire à un nouveau saut, dans l’espace ou ailleurs ; une stagnation, peut-être, définitive. Au pire, une annihilation complète. Ce n’est pas une menace de ma part : j’en suis bien incapable. De même que je suis bien incapable de lancer ce mouvement auquel j’aspire tant. Ni seul ni à plusieurs. C’est bien l’espèce qui doit se prendre en main… je ne peux que lui faire une suggestion : mais les enfants turbulents peuvent-ils entendre ?
Dans le bruit et la fureur dont l’espèce se délecte encore, comment siffler la fin de la récréation ? Quand les enfants sauvages que sont encore nos sociétés, alors même qu’on les croyait apaisées un peu, au moins en Occident (quelle folle prétention ?), n’ont plus des jouets à leur mesure mais à la démesure de leur folie, c’est-à-dire les moyens radicaux de leur propre annihilation associés à la folie de vouloir les essayer, et de croire les maîtriser alors qu’ils ne se maîtrisent pas eux-mêmes, mon manifeste pour l’Espèce ne pèse pas lourd, ni ses conséquences. Vanité pour vanité, essayons : histoire de n’avoir aucun regret au moment d’entrer dans l’autre monde ?
C’est une bouteille à la mer.
D’un autre côté, je crois voir une quête de connaissance un peu partout, un besoin de sens, même si l’opposé aussi se voit. Mais n’est-ce pas un signe que cette radicalisation des oppositions à un mouvement plus apaisé, une forme d’impasse un peu désespérée mais qui s’accroche avant d’être obligée de capituler ? Mais peut-être ai-je envie de croire cela… mon biais préféré : avoir envie de croire ; un chapitre entier de programme scolaire à lui seul.
Enfin, et c’est peut-être mon drame : ce n’est pas quelques heures d’éducation à la métacognition, par-ci par-là, qui feront l’affaire. Ce n’est pas le socle d’Edgar Morin à lui seul qui y suffira : c’est un mouvement de fond, généralisé et systémique qui me semble nécessaire. De là à le rendre obligatoire, il n’y a qu’un pas… que je franchirais peut-être pour ma part, selon la ligne du prophète de malheur à qui viendrait l’envie de rendre tout cela obligatoire. Mais les moyens de l’imposer sont nombreux : je ne pourrais qu’en réprouver certains, contre-productifs par leur définition même. Inutile de donner des exemples, ouvrons les yeux sur leur réalité à l’œuvre autour de nous, cela suffira à l’illustrer : ce que nous pouvons voir, qui l’eût cru possible il y a seulement quelques années en arrière ? Les fictions, décidément, sont l’illustration puissante de nos limites imaginatives… encore et toujours… c’est en même temps une grande nouvelle : l’imagination a encore devant elle de grandes heures, de beaux abysses, et des ciels profonds à explorer pour espérer, un jour, rendre la réalité sans surprise.
L’éducation n’est-elle pas évidemment « obligatoire » aux yeux de tous ? Alors, le terrain est propice, non ?
Aujourd’hui, elle est nécessaire à tous, pas seulement aux enfants (c’est peut-être là le point de rupture ?) et indispensable à notre survie. Pas un patch, pas un pansement sur une jambe de bois : une révolution culturelle, personnelle (en cela, elle peut devenir exaltante), sociétale et philosophique. Civilisationnelle ? La Civilisation de l’Espèce ? La construction d’une Humanité commune ? Non pas monochrome, mais reconnaissante d’être là, et consciente de ses « communs », de ses travers, de sa puissance et des conséquences de son être en termes de pérennité. Et donc, capable de comprendre l’espace-temps des contingences (c’est urgent, non ?) et les contingences du temps pour pouvoir durer, sans confondre les deux…
À moins que « durer » ne soit pas une ambition désirable ?
— RG