L'odeur de la vieille pièce
ou la madeleine oubliée...

L'odeur de la vieille pièce...
Il y a le fond et la forme. C’est vrai.
Certains disent qu’ils sont liés. Sans doute…
A l'heure du livre numérique et de l'e-book au format pdf, et alors que je me plonge dans le monde virtuel grâce à ce blog, je ressors, et j’y prends plaisir, des vieilles pièces déconfites. Du moins en apparence…
Beaucoup sont délicieuses pourtant. Les pliures, les salissures me rappellent qu’elles ont vécu. Le contexte dans lequel elles ont servi n’est plus toujours très clair il faut l’avouer, mais quelque chose resurgit.
Des notes dans les coins à certains endroits, des textes à moitié photocopiés, déchirés, des traits, des ratures (pourquoi l’auteur a écrit ça ? Comment peut-on assumer ces phrases en scène ?…oh bah on va couper, il me remerciera plus tard, l’auteur…non mais des fois, ils écrivent des trucs, faut voir…). Des photocopies, on dirait des polycopiés…
Et surtout des vieux textes qui n’existent plus, forcément. Ce sont les plus bousillés qu’on ne retrouve plus édités, évidemment. C’est tout d’un coup celle-là qu’on préfère parce qu’elle n’est pas complète alors qu’on a tout Racine dans la bibliothèque, mais non, celle-là on l’a relue à moitié à genou sur le carrelage, en en cherchant une autre d’ailleurs, donc il nous la faut. Question de santé mentale, de respect de son autobiographie, ou un truc dans le genre…
On reconnaît son écriture, alors on s’imagine ce qui a pu se passer, on se fait un film. Un coup de tendresse pour tous ces gestes, toutes ces situations vécues avec plein d’énergie, sans se poser de question.
Et puis l’odeur. Très variable. Ça dépend surtout entre quoi et quoi elle était prisonnière. La pauvre. Ça va du renfermé à l’indéfinissable, mais c’est pas du neuf c’est sûr…
La vieille pièce pourrie aurait même une aura surnaturelle. Comme si on allait redécouvrir une carte au trésor sur un vieux parchemin. C’est un peu ça. Les dix commandements. Ou juste une madeleine…
Les petits mystères que renferment ces bouts de pièces, sont précieux : ils nous font rêver cinq minutes. Et ça, le numérique n'est pas prêt de le proposer !
Alors oui, le fond et la forme dépendent l’un de l’autre, ces débris ont un charme et un intérêt qu’une belle édition de ce texte un peu médiocre n’aurait pas. Et puis des bouts, ça renvoie à d’autres bouts, à cet auteur auquel je pense en relisant ces quelques lignes, à cette autre pièce dont je ne retrouve plus le nom, joué par tu sais qui, à une date très précise que j’ai oubliée…
Bref, ces papelards de chiffonniers m’ont redonné l’envie de lire et découvrir de nouvelles pièces.
Je vous souhaite de trouver des motivations comme celles-là pour cultiver l’envie de lire ou relire du théâtre, sans grande valeur a priori, mais si précieuses finalement. C’est peut-être un peu toute notre histoire. On s’acharne à vouloir faire de grandes choses qui nous traumatisent, alors qu’on se réalise sans effort dans des petites qui ne valent pas un clou.
Désolé pour l’odeur, elle n’y est pas, désolé pour les pages cornées, html ne sait pas faire, php non plus…mais que fait ChatGPT ?
— RG